Nous y voilà donc.
Dix ans plus tard, nous étions sensées nous retrouver sur la plage de notre adolescence, là où nous avons
choppé autant de coup de soleil que de mecs que de grains de sable entre les doigts de pieds !
Mais la vie fait son œuvre et ces retrouvailles n’ont pas été réalisables. L’impossibilité de ce rendez-vous n’a pas le goût amer qu’elle aurait pu avoir si nous nous étions vraiment perdu de vue.
Car, durant ces dix années passées à la vitesse de l’éclair, nous avons fait notre petit bout de chemin, chacune dans son sens, certes, mais avec, parfois des points de ralliement.
L’une de ces deux amies dont je vous parlais hier, je vais la surnommer « Gomez », rapport à la marque de la guitare sèche qu’elle traînait partout avec elle à l’époque.
L’autre, c’est ma globe trotteuse. Surtout, vous me le dîtes si vous en avez marre que je vous parle d’elle. Dans ce cas, je ferai come si je n’avais rien entendu !
Après avoir été si proches au collège, nous nous sommes retrouvées chacune dans un lycée différent, histoire de bien tester la force de nos liens ! Et en effet, le test a été de taille. Alors que moi, j’avais un mal fou à me faire de nouvelles amies, que je détestais à peu près tout ce qui était en vie dans mon lycée et que je rêvais de rejoindre mes copines, Gomez et ma globe trotteuse sont, quant à elles, passées à autre chose. Elles avaient des copines qu’elles voyaient au bahut et même en dehors… Me suis sentie un tantinet rejetée…
Je croyais voir mes amies s’éloigner… Mais je ne me rendais pas compte que moi aussi, j’étais en marche, et pas forcément dans leur sens.
A la fin du lycée, notre trio n’existait presque plus. J’étais parvenue à me rapprocher encore plus de ma globe trotteuse avec qui je correspondais au rythme de plusieurs copies doubles par semaine et d’un certain nombre d’heures passées au téléphone (et oui, déjà !), alors que je ne me trouvais plus aucun point commun avec Gomez. Cet état de fait s’est accentué avec le temps. Il m’était devenu aussi impossible de quitter l’une que de ressentir le besoin de voir l’autre.
Nous sommes ensuite toutes les trois entrées dans le cycle des études supérieures.
Gomez a commencé à travailler la première. Elle commençait également à construire son foyer avec son homme. De temps en temps, on s’envoyait un texto lapidaire plein de banalités. On n’oubliait quand même pas les anniversaires, qui deumeuraient l’occasion de se raconter un peu plus en détail nos vies désormais séparées. A vrai dire, j’en suis restée à ce stade avec Gomez. Notre amitié n’a plus que la légitimité du temps. Nous nous envoyons parfois des mails, nous nous voyons une fois par an. Elle ne me manque pas. Je sais qu’elle est là, pas très loin et je n’ai besoin de rien d’autre.
Avec ma globe trotteuse, ce fut une autre histoire. Une histoire parfois passionnelle et donc forcément troublée. Nous sommes en tous points différentes et pourtant cela n’a jamais été un problème. Je ne crois pas que nous étions à la recherche de convergences, mais de complémentarité, de regards croisés. Aujourd’hui, vous allez finir par le savoir, elle vit à douze heures d’avion de chez moi mais reste l’amie d’une vie.
Alors bien sûr, j’aurais adoré qu’on se retrouve toutes les trois sur cette plage du Morbihan avec pour seul ordre du jour de cette réunion exceptionnelle, nos aventures passées.
Mais la rencontre n’est pas ce qui m’importe le plus. La certitude de savoir qu’elles sont toujours là m’apporte davantage...
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